GROSSESSE ET SEROPOSITIVITE
Publié le 13-01-2010 08:32
De nos jours, la grossesse a véritablement une place dans la vie d’une femme séropositive sans remettre en cause sa santé, même si elle est considérée comme une grossesse à risque. En effet, en Occident, pour une femme enceinte séropositive, le risque de transmettre le virus à son enfant n’est plus que de 1%. Ceci du fait de toutes les mesures préventives mises en place. Contrairement à l’Afrique subsaharienne, où le diagnostic tardif augmente la transmission mère-enfant. Aussi, il est souhaitable de proposer systématiquement le test de dépistage du VIH aux femmes enceintes lors de la première consultation prénatale.
A QUEL MOMENT S’EFFECTUE LA TRANSMISSION MERE-ENFANT?
La transmission materno-fœtale (TMF) s’effectue en fin de grossesse, pendant le travail et l’accouchement, et au cours de l’allaitement.
1-La transmission en fin de grossesse, pendant le travail et l’accouchement est possible ; cependant la plupart des bébés ne contractent pas le VIH.
Aussi, si la PCR (Polymerase Chain Reaction, Test réalisé chez le bébé) est positive dans les 2 premiers jours, l’infection fœtale est survenue in utero, pendant la grossesse. Mais si elle est positive plus tard, l’infection est survenue à l’accouchement.
A noter que le diagnostic prénatal est impossible car la transmission est tardive et les ponctions(amniocentèses, ponction du sang fœtal) sont contre-indiquées.
2-La transmission au cours de l’allaitement maternel
En effet, le virus du VIH a été mis en évidence dans le lait maternel, et le taux de transmission par l’allaitement est de 14 pour 100.
De ce fait l’allaitement au sein doit être évité ; c’est le cas dans les pays développés où le lait artificiel est privilégié. Mais dans les pays en voie de développement, du fait de la mauvaise qualité de l’eau en zone rurale (source de maladies diarrhéiques) et des facteurs culturels (ne pas allaiter son enfant au sein est suspect), l’Organisation Mondiale de la Santé a recommandé pour la première fois en 2009 l’allaitement au sein sous traitement antirétroviral pour les enfants de mères séropositives.
QUAND SAVOIR QUE BEBE EST SEROPOSITIF ?
Trois analyses sanguines sont nécessaires : dans les premiers jours ou semaines suivant la naissance, à 1 mois et à 3 mois.
Si les 3 résultats sont négatifs au VIH, bébé n’a pas le virus du VIH. Mais la confirmation sera faite par un nouveau test de dépistage effectué à 1 an.
Bébé est considéré comme infecté si au moins 2 des tests de la première enfance sont positifs.
LES FACTEURS DE RISQUE AUGMENTANT LA TRANSMISSION MERE-ENFANT
1-Les facteurs obstétricaux
Ce sont : l’age maternel supérieur à 35 ans, les signes cliniques maternels, la grande prématurité, les infections associées, le statut nutritionnel, la rupture prématurée des membranes, les manœuvres pendant la grossesse (cerclage…).
2- Les facteurs biologiques
A noter qu’il n’existe pas de valeur seuil en dessous de laquelle le risque de transmission materno-fœtal serait nul.
Ce sont : le déficit immunitaire important CD4 inférieur à 250, la charge virale élevée supérieure à 30000, les souches virales à réplication rapide …
3-Les autres facteurs
Ce sont : le mode d’accouchement, l’allaitement au sein, l’usage de drogues pendant la grossesse, les rapports sexuels pendant la grossesse avec un partenaire séropositif dont la souche virale est différente.
A noter qu’un travail long, un forceps, une épisiotomie, n’influent pas sur la transmission mère-enfant. Aussi, la désinfection de la flore génitale (chlorexidine…) est sans risque.
LES MOYENS POUR DIMINUER LA TRANSMISSION MERE-ENFANT
1-Un traitement antiretroviral systématique
La monothérapie à l’AZT :
-Le but est de diminuer la charge virale (taux de reproduction du virus dans le sang de la mère) et le risque de transmission.
-Elle est entreprise chez la femme asymptomatique non traité et sans indication à traitement ; à partir de la 28ème semaine d’aménorrhée jusqu’à la fin de l’accouchement. Il existe d’autres protocoles. A noter que sans traitement, un bébé sur 4 contractera le VIH.
2- La césarienne : elle est recommandée, si la charge virale reste trop élevée ; à la 39ème semaines d’aménorrhée.
En effet, si la femme a une bonne immunité avec une charge virale indétectable depuis la 36ème semaine d’aménorrhée, il faut envisager un accouchement par voie basse.
L’ACCOUCHEMENT ET LES SUITES DE COUCHES
Lorsque l’accouchement par voie basse est retenu, une perfusion continue d’AZT est de règle. Aussi, la désinfection vaginale s’effectue pendant toute la durée du travail.
Par ailleurs, il faut rechercher la présence ou non de signes infectieux (infection vaginale et/ ou utérine).
Le traitement ARV est arrêtée chez la mère au clampage du cordon, s’il n’y avait qu’une indication de prévention materno-fœtale. En outre, un soutien psychologique et une contraception sont nécessaires.
LA PRISE EN CHARGE DU NOUVEAU-NE
Lors de l’accouchement, le clampage rapide du cordon est effectué ; et éventuellement une aspiration gastrique prudente.
Rapidement un bain d’eau savonneuse est réalisé pour éviter le contact prolongé de la peau fragile de l’enfant avec le virus. Une prescription d’un traitement ARV par voie orale pendant 06 semaines est obligatoire. L’allaitement artificiel est indispensable
CONCLUSION
Le dépistage et la prise en charge précoces, multidisciplinaires (obstétricien et sage femme, pédiatre, interniste ou infectiologue, biologiste, psychologue, assistants sociaux) permettent un meilleur suivi de la femme enceinte séropositive.
Aussi, l’aide médicale à la procréation, qui suscite de nombreux espoir, devient de plus en plus accessible.
Dr KOFFI-AKUE G, Médecin
kofi_akug@isantenews.info
REFERENCES :
1) www.destinationsante.com/transmission-mere-enfant-du-vih
2)www.actions-traitements.org Grossesse et VIH, où en ait-on ?
3)www.cyes-info/professionnels/vih/grossesse-vih Grossesse chez la femme enceinte séropositive
4)www.cps.ca/soinsdenosenfants/grossesseetbebe/serpositiveté
Information pour les femmes enceintes atteintes du VIH
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