Le VIH-Sida et les soins dentaires
Publié le 17-11-2009 06:07

Notre santé dentaire a une influence importante sur notre quotidien, à savoir l’alimentation, l’articulation des mots, notre apparence. Du fait de leur rareté et de la difficulté à les mettre en évidence chez les patients traités en ambulatoire, les infections transmises en milieu dentaire sont sous-estimées. Le risque principal étant dû au VIH, au virus de l’hépatite B et à celui de l’hépatite C.
Lors de soins dentaires, la transmission d’une infection peut se faire d’un patient à un autre, d’un patient au chirurgien dentiste, et du chirurgien dentiste à un patient.
La crainte d’être victime de discrimination quand on est séropositif peut être la cause d’abandon ou de refus de soins dentaires; en dehors d’autres causes tel que la peur de la douleur, les difficultés sociales et financières, l’appréhension d’un parcours de soins et de prise en charge compliquée…
Les risques de contamination chez le dentiste
1- L’étude réalisée par l’Institut de Veille Sanitaire (InVS)
Une étude de modélisation réalisée par l’InVS a quantifié le risque d’infection virale lié aux soins dentaires, pour le VIH, les virus de l’hépatite C et ceux de l’hépatite B. Cette étude a conclu que le risque lié à l’insuffisance de stérilisation des instruments serait « très faible » ; mais l’absence de stérilisation des portes instruments rotatifs (turbine, contre-angle et pièces à main) entre chaque patient serait à l’origine chaque année de moins d’une contamination pour le VIH, moins de 2 pour le VHC et d’environ 200 pour le VHB. Cependant, il faut relativiser ces résultats puisqu’ils sont issus d’une modélisation statistique (avec un faible niveau de preuve), surtout pour le risque VIH qui reste presque nul.
2- Les différents cas de contaminations
Pour le chirurgien dentiste et l’assistant dentaire, il existe un risque minime de contamination en cas de contact entre le sang du patient et d’éventuelles lésions cutanées des soignants, ou en cas de piqûre accidentelle avec une seringue préalablement utilisée pour un patient atteint par le VIH.
Pour les patients, les risques sont minimes. Une contamination ne pourrait avoir lieu que par la mise en contact d’un patient avec un instrument non stérilisé, souillé avec du sang d’un patient porteur du virus ou par la réutilisation de cartouches d’anesthésiques, y compris si l’aiguille a été changée.
3- Les soins dentaires
Pour les patients infectés par le VIH, la plupart des soins peuvent être pratiqués en cabinet dentaire : extractions, prothèses, endodontie, détartrages et autres soins parodontaux courants. Par contre, les implants, la chirurgie parodontale et les comblements osseux avec matériaux exogènes à l’origine de nombreux foyers infectieux doivent être pris en charge en milieu hospitalier.
Les soins et les traitements des patients asymptomatiques ne présentent aucune différence avec les soins habituels. Pour les patients très immunodéprimés ou qui présentent des anomalies sanguines en rapport avec leur pathologie (baisse importante des plaquettes pouvant occasionner des saignements), la prise en charge doit se décider en accord avec le médecin traitant.
Toutefois, la connaissance préalable du statut sérologique du patient ne permet en aucune façon d’améliorer la prévention des accidents d’exposition au sang.
Les règles de précautions universelles
Le respect de ces règles permet de prévenir toute contamination. Ces règles doivent être appliquées par tout chirurgien dentiste et assistant dentaire, quelque soit le statut sérologique du patient. Cela se traduit par :
- le port de gants, de masque, de blouse et de lunettes de protection
- le lavage des mains entre chaque soin - l’interdiction formelle de recapuchonner les aiguilles - l’élimination des objets vulnérants utilisés dans un collecteur adapté
Le respect des règles de précautions universelles dans les cabinets dentaires est sous la seule responsabilité du chirurgien dentiste.
Par ailleurs, l’évaluation des pratiques professionnelles (EPP) pourrait lui permettre de vérifier leur respect dans son cabinet. Les recommandations
1- Selon l’InVS, il faut :
- un respect strict des précautions standards et des bonnes pratiques de stérilisation en chirurgie dentaire
- un renforcement de la formation à l’hygiène des dentistes, associé à des programmes d’évaluation des pratiques professionnelles
- une meilleure formation/information et évaluation des dentistes aux infections à VIH et aux hépatites virales.
2- L’organisation du travail
L’organisation des soins doit être planifiée à l’avance. En effet, après traitement, des protocoles codifient les différentes séquences qui doivent être respectés par l’assistant dentaire. Mais l’organisation du travail, actuellement recommandée, n’est pas toujours facile à mettre en place. Par exemples :
- pour les patients usagers de drogues, il est souvent difficile de programmer les séances lourdes en début de matinée, car ils ont un rythme de vie qui ne s’y prête pas.
- certains praticiens préfèrent programmer en fin de journée les patients qui les ont informés de leur séropositivité au VIH pour travailler sans contrainte horaire et sans risque d’être dérangés.
Dans tous les cas, le dialogue avec chaque patient doit permettre au chirurgien-dentiste d’expliquer sa stratégie de prise en charge afin de respecter l’intérêt du patient et les règles de sécurité dentaire.
Rappelons que la profession de chirurgien-dentiste détient le record de discriminations envers les personnes séropositives.
Dr KOFFI-AKUE Gérard, Médecin Kofi_akug@isantenews.info
Références :
1) www.guichetdusavoir.org, Sida et soins dentaires, risques de contamination 2) www.revihop06.org, Soins dentaires et risques infectieux 3) www.arcat-sante-org/actus, Evaluation du risque de contamination chez le dentiste 4) www.paperblog.fr/.../soins-dentaires 5) www.actupparis.org, Soins dentaires, prévention, prise en charge, discriminations: Montrez les dents au VIH
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