Il ne faut pas confondre « maux de reins » et « maux de dos ».
Publié le 21-07-2008 17:30

Dans le langage ivoirien, les douleurs lombaires sont communément appelées « maux de reins », et à tort. D’où vient cette appellation erronée ?
L’explication la plus plausible peut provenir de la proximité entre la localisation des reins et la localisation de la lombalgie. En effet, les reins sont situés de part et d’autre de la colonne vertébrale et très haut sous la dernière paire des côtes;
Les lombalgies pouvant être basses, médiane ou latéralisée près du rachis lombaire, ou plus diffuse, lombaire haute, très latéralisée ou située très bas. L’irradiation dans toute cette zone, fait penser que ce sont les reins qui sont à l’origine de ces douleurs. En réalité, il n’en est rien.
La lombalgie provient d’un problème mécanique suite à la détérioration douloureuse d’un ou plusieurs éléments de la colonne vertébrale (vertèbres, disques, ligaments, articulations). De plus la caractéristique dominante de la lombalgie est la douleur ; « lomb » qui provient de lombaire, dos et « algie » qui signifie douleur. Ce qui n’est pas le cas du rein.
En effet, les problèmes rénaux sont loin de se manifester par des douleurs. Les retentissements sont plutôt organiques et spécifiques des organes atteints.
Le rein est un organe perfectionné qui assure plusieurs fonctions dans l’organisme. La plus connue est la fonction d’épuration du sang. En effet, par un mécanisme de filtration du sang, les reins éliminent les déchets. Les reins participent également au renouvellement des globules rouges du sang, à la régulation de la pression artérielle, de l’équilibre acido-basique, assurent le métabolisme, la régulation hydrique dans l’organisme et des sels minéraux (sodium, potassium, magnésium, chlore, phosphore) contenus dans le sang. En clair les reins contrôlent l’organisme ; on parle d’homéostasie.
Ces déchets du sang sont éliminés de l’organisme par l’urine. Donc le rôle du rein, c’est de nettoyer le sang pour qu’il soit propre. Si une maladie quelconque atteint les reins et qu’ils ne sont plus en mesure de nettoyer correctement le sang, on parle alors d’insuffisance rénale.
C’est-à-dire que les reins ne sont plus suffisants pour débarrasser correctement le sang de ses déchets. Par ailleurs, les autres fonctions peuvent être touchées. Donc l’insuffisance rénale, c’est l’incapacité pour les reins de nettoyer le sang et d’assurer également les autres fonctions qui lui sont normalement assignées.
Le rein est un organe perfectionné dont le bon Dieu a bien voulu doter la plupart des êtres vivants. Il est constitué d’éléments de base appelés « néphrons » et ce sont ces derniers qui lui permettent d’assurer toutes ses fonctions. Les néphrons sont tellement performants que seuls 20% des néphrons peuvent faire le travail de tout le rein.
Autrement dit, s’il arrivait que 80% des néphrons fussent détruits pour une raison ou pour une autre, les 20% restants assureraient le travail d’épuration. Ce n’est qu’au-delà de 80% de destruction des néphrons que les troubles rénaux chroniques commencent à se manifester. On comprend pourquoi un individu peut vivre longtemps avec un seul rein !
Contrairement aux lombalgies, la manifestation de l’insuffisance rénale n’est pas visible. Elle est dans la plupart des cas asymptomatique, avant sa phase terminale. Elle évolue sans bruit et n’a pas de signes spécifiques, particuliers au début.
Ce sont des maladies comme l’hypertension artérielle, le diabète, les infections bactériennes de la sphère ORL, le VIH, les hépatites et certaines affections parasitaires qui peuvent se compliquer par une insuffisance rénale.
Elles se manifestent au départ et en premier plan, parce que le rein ne s’explique pas physiquement. La preuve, devant une angine, ou une carie dentaire surinfectée il est difficile de penser aux reins ! De telles affections mal traitées et ayant des germes très virulents peuvent agir sur les reins.
Ce n’est que bien plus tard, au cours de l’évolution de l’insuffisance rénale que vont apparaître les signes qui s’apparentent à des œdèmes au visage et aux membres inférieurs. Ces œdèmes sont mous et sans douleur.
La négligence de ces « premiers signes » physiques retarde le diagnostic et complique le traitement. Les déchets s’accumulent et provoquent l’intoxication de l’organisme. D’autres signes vont apparaître par la suite. Par exemple le manque d’appétit, les vertiges... au fil de l’évolution de la maladie d’autres signes vont encore apparaître. Notamment, les vomissements à un stade assez évolué.
Retenons seulement que les « maux de reins » sont très dangereux pour la vie et donc il ne faut pas attendre d’avoir le visage ou les jambes enflées avant de s’enquérir de l’état des reins. Il existe des examens biologiques simples qui permettent d’explorer les fonctions rénales.
Il s’agira de rechercher le taux de l’albumine, les protéines dans les urines et le dosage de la créatinine dans le sang. Les résultats de ces examens aideront déjà à savoir si les reins fonctionnent bien ou pas. Si les résultats sont normaux, c’est que les reins fonctionnent bien. Il n’est pas besoin d’aller plus loin en ce moment.
Par ailleurs, il ne faut pas négliger de soigner correctement toutes les affections bactériennes, veiller scrupuleusement sur l’hygiène bucco-dentaire, l’hygiène corporelle et assurer une bonne éducation à l’hygiène.
Les hypertendus, les diabétiques doivent se faire suivre correctement et enfin il faut traiter sérieusement les infections virales et parasitaires, notamment suivre de très près l’infection à la bilharziose.
Ces éléments démontrent combien les « maux de dos » sont diamétralement opposés aux « maux de reins » ! Dans l’un ou l’autre des cas, l’automédication est à proscrire vigoureusement. En cas d’inquiétudes, seul le médecin pourra lever tout voile.
Dr Esther Foua-Bi Pharmacien estherfouabi@isantenews.info |